Les souvenirs reviennent doucement. Une chanson, une saison,
une odeur, et tout ceci revient, dans la mémoire d’Elisa. Ça lui parait
pourtant tellement lointain, la chaleur accablante de ce printemps. Elle se
revoit encore descendre du tram 51, son jeans vieux et troué collant sur ses
jambes moites. Ce printemps était chaud, comme rarement. Elle remonte le
chemin, ce chemin qu’elle connaissait par cœur. Les arbres cachent le ciel assombri
par la nuit qui se lève. L’odeur de poussière lui revient en tête : Il
aurait fallu quelques gouttes de pluie pour alléger l’atmosphère. A défaut d’eau,
Elisa trouve de la bière bon marché quand elle arrive dans l’appartement
miteux. La porte est défoncée –encore une histoire bien drôle. Ce soir-là, il est
là. Il prépare des croquemonsieurs, comme souvent. C’est ce qu’il y a de moins
cher, après tout : un pain, des tranches de fromage et du jambon bon
marché.
Elisa se pose dans la chambre avec lui. Ils ne vont pas
beaucoup parler, juste être ensemble. Même s’il ne l’aime pas, elle n’est pas
seule. C’est difficile à vivre pour elle : il en aime une autre. Il en
aime d’autres. Mais il ne l’aime pas elle. Dans la pièce, dans l’appartement
tout entier, l’odeur de vieux tabac se fait sentir. L’odeur de moisi aussi, l’odeur
de sale. Elisa n’aime pas ça, mais elle l’aime lui, alors c’est facile à
supporter. De toute manière, tout est facile à supporter pour lui. Elle se jetterait
sous un train pour lui. Il n’est que sa seule et unique raison de vivre. Elle sait
tout ce qui lui fait plaisir. Pour son anniversaire, elle lui a offert des tas
de choses, des tas de choses qu’il a adorées. Encore maintenant, Elisa sait ce
qu’il veut. Cette nuit-là, Elisa la passe comme la plupart des autres :
défoncées, à s’endormir tard, après avoir joué à son jeu vidéo du moment.
C’était le bon temps, c’était facile, et en même temps, tout
était si compliqué. Car le cœur s’en mêlait
Les sentiments ne sont plus là. Tout est maintenant fini, il
n’est plus qu’un ami. Cette saison, cette chanson, ce moment, ce ne sont plus
que des souvenirs, ce n’est plus que le passé. Elisa a appris à vivre avec.
Elle ne regrette rien. Ces souvenirs, autrefois douloureux, font dorénavant
partie d’elle.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire